Pourquoi votre douleur revient-elle ? Et peut-on vraiment s’en débarrasser ?
Votre nuque se raidit. Vos épaules remontent vers vos oreilles. Un matin, c’est le bas du dos qui tire quand vous vous levez.
Vous vous accordez un peu de répit, vous faites attention… et ça passe. Puis, trois semaines plus tard, ça revient. Au même endroit, ou ailleurs.
Vous jonglez peut-être entre le travail, les trajets, la famille et mille choses à penser. Ou peut-être avez-vous justement l’impression d’avoir un rythme plutôt équilibré. Dans les deux cas, la même question peut surgir :
« Mais pourquoi j’ai encore mal ? Alors que je fais attention ! »
La douleur ne veut pas toujours dire « quelque chose est abîmé »
Quand vous vous cognez le petit orteil contre un pied de table, la douleur est un signal d’alarme très clair : attention, danger, protégez cette zone.
Mais pour les douleurs qui reviennent régulièrement (dos, nuque, épaules, genou, poignet), la réalité est plus subtile.
La douleur n’est pas un simple voyant rouge allumé sur une pièce défectueuse. C’est une expérience produite par votre système nerveux à partir de nombreuses informations reçues et interprétées en même temps :
- l’état de vos tissus (muscles, tendons, articulations) ;
- la manière dont vous les sollicitez (position assise prolongée, charges, répétition des mêmes gestes) ;
- votre qualité de sommeil et de récupération ;
- votre niveau d’activité physique ;
- votre niveau de stress et de fatigue ;
- le contexte dans lequel vous vivez.
Cela ne veut pas dire que « c’est dans votre tête ». Votre douleur est bien réelle. Elle est simplement le résultat de plusieurs facteurs qui s’additionnent et pas toujours d’une « pièce cassée » qu’il suffirait de réparer.
Pourquoi ça revient, même quand vous faites « tout ce qu’il faut » ?
C’est l’un des moments les plus décourageants : la douleur avait disparu, vous avez cru en être débarrassée… et la voilà de retour.
Il est tentant de penser que le traitement précédent « n’a pas marché » ou que personne n’a trouvé « la vraie cause ».
Ce n’est pas forcément le cas.
Beaucoup de douleurs fonctionnent par vagues. Elles s’apaisent, reviennent, changent d’intensité, puis se calment de nouveau.
Une récidive ne veut donc pas dire que tout est à refaire : votre corps reste vivant, adaptable, et réagit à ce que vous lui demandez.
Parfois, la poussée s’explique :
- une semaine de deadline avec des nuits trop courtes ;
- un week-end de déménagement ou de ménage intensif ;
- trois jours de télétravail sur le canapé ;
- une période de tension émotionnelle ;
- une reprise du sport un peu trop enthousiaste.
Et parfois, aucune raison évidente. Cela arrive aussi, et ce n’est pas un échec de votre part.
« Ma douleur a changé d’endroit… c’est grave ? »
Lorsqu’une gêne apparaît entre les omoplates à droite, puis quelques semaines plus tard à gauche, il est fréquent de se dire qu’elle « s’est déplacée ».
En réalité, la douleur ne se « déplace » pas forcément d’un endroit à l’autre. Plusieurs zones peuvent devenir sensibles à des moments différents. Une douleur peut aussi être ressentie à distance de la région qui l’influence, ou devenir plus perceptible dans une autre zone lorsque vos sollicitations, votre fatigue ou votre niveau de récupération changent.
C’est aussi pour cela que sa localisation ne permet pas toujours, à elle seule, d’identifier précisément ce qui l’entretient.
Est-ce le stress, la posture, la musculature, le manque d’étirements ou de renforcement ?
Toutes ces pistes peuvent être pertinentes pour certaines personnes, à certains moments. Mais aucune ne suffit à elle seule, à expliquer toutes les douleurs.
Alors, que peut-on réellement faire ?
Beaucoup de choses. Pas pour garantir que vous n’aurez plus jamais mal, personne ne peut honnêtement promettre cela, mais pour donner à votre corps de meilleures conditions pour récupérer et s’adapter :
- Bouger régulièrement, même peu : marcher, varier les positions, se lever toutes les heures.
- Entretenir votre mobilité et votre force, avec des activités que vous aimez réellement, c’est ce qui se tient dans la durée.
- Varier : le corps n’aime pas rester longtemps dans la même position, ni refaire toujours le même geste.
- Respecter vos capacités du moment, tout en les faisant progresser petit à petit.
- Protéger votre sommeil, c’est un levier de récupération sous-estimé.
- Repérer ce qui déclenche ou aggrave votre douleur, sans tomber dans la peur du mouvement.
Et surtout : sachez reconnaître quand consulter un médecin. Une douleur inhabituelle, qui s’aggrave, qui persiste malgré le repos, qui réveille la nuit ou s’accompagne d’autres signes (fièvre, perte de force, engourdissements, perte de poids inexpliquée…) mérite toujours un avis médical.
Et le shiatsu, dans tout ça ?
Soyons honnêtes : je ne considère pas le shiatsu comme une méthode capable de garantir que vos douleurs ne reviendront jamais. Ce serait une promesse malhonnête.
Ce que peut offrir une séance, en revanche, c’est un espace très différent de celui dans lequel votre corps évolue le reste du temps.
Vous êtes allongée, habillée. Rien à produire, rien à gérer, personne à qui répondre. Les pressions, mobilisations et étirements aident progressivement à relâcher certaines tensions, à retrouver de l’aisance dans le mouvement et à percevoir autrement certaines zones de votre corps.
Certaines personnes disent que leur respiration devient plus ample. D’autres sentent leur nuque ou leurs épaules plus libres. D’autres encore se rendent compte qu’elles peuvent, enfin, se poser.
Ce moment de relâchement ne règle pas toute l’histoire de votre douleur. Mais il peut être une étape utile : un point de départ pour bouger plus facilement, mieux récupérer, retrouver confiance en votre corps, ou simplement traverser une période chargée avec davantage de confort.
Prendre soin de soi ne veut pas dire ne plus jamais avoir mal !
C’est peut-être le message le plus important de cet article.
Vous pouvez bouger, bien dormir, bien manger, respirer, méditer, vous faire accompagner… et avoir malgré tout mal quelque part, de temps à autre. Cela ne rend pas inutile tout ce que vous faites. Au contraire.
Accepter qu’une douleur soit là ne veut pas dire s’y résigner. Cela peut aussi permettre de cesser de lutter contre elle en permanence, de s’y adapter lorsque c’est nécessaire et, peu à peu, de lui laisser moins de place dans sa vie.
La bonne question pourrait être :
« Qu’est-ce qui peut m’aider à vivre, bouger et avancer le mieux possible, que la douleur soit là ou non ? »
C’est dans cet esprit que je pratique le shiatsu : non pour promettre un corps sans douleur, mais pour vous aider à retrouver de l’espace, de la mobilité et du confort, afin que la douleur ne décide pas seule de votre façon de vivre.
Et si une séance vous apporte du bien-être, du relâchement ou un peu plus d’aisance, il n’y a aucune raison de minimiser ce bénéfice sous prétexte qu’il n’est peut-être pas définitif.
Tout ce qui nous aide à avancer plus sereinement mérite d’être pris.